On the Money

 

La santé, vecteur de croissance dans un portefeuille mondial

23 août 2021

La pandémie a grandement influencé notre façon de travailler, de jouer, d’étudier et de vivre, mais surtout notre manière d’approcher les soins de santé, à la fois comme individus et comme société. Eric Benner, vice-président et gestionnaire de portefeuille, ainsi que Ryan Nicholl, gestionnaire de portefeuille et spécialiste en placements dans les soins de santé, nous parlent des changements survenus dans ce secteur et des occasions liées à l’innovation qui pourraient s’y présenter.

PARTICIPANTS

Mark Brisley
Directeur général et chef, Fonds Dynamique

Eric Benner
Vice-président et gestionnaire de portefeuille principal

Ryan Nicholl
Gestionnaire de portefeuille

PRESENTATION

Mark Brisley : Vous écoutez On The Money de Fonds Dynamique, une série de balados qui vous donne accès à certains des portefeuillistes les plus aguerris en gestion active ainsi qu’à des maîtres à penser dans le domaine de la finance. Lors de nos rencontres, nous posons à nos invités des questions pertinentes afin de connaître leur point de vue sur la conjoncture et de recueillir leurs conseils sur la manière de composer avec le contexte actuel.

Mark Brisley : Bienvenue à un autre balado On the Money. Mon nom est Mark Brisley. Nous commençons à voir la lumière au bout du tunnel, et ça ne semble plus être celle d’un train qui vient à notre rencontre, mais la pandémie a des effets qui continueront à se faire sentir à long terme. Un événement de cette ampleur ne peut que transformer notre façon de vivre, de travailler et de nous divertir. Il modifie aussi en profondeur la manière dont nous prenons soin de nous-mêmes, notre accès aux soins de santé et les comportements que nous adopterons dans l’avenir pour nous protéger des risques.

Nous espérons que le pire de la pandémie se trouve derrière nous grâce aux vaccins mis au point à la fin de l’an dernier. Néanmoins, la recrudescence du variant Delta nous donne l’occasion de faire le point sur la progression du virus et les risques qui persistent. C’est aussi un moment opportun pour regarder au-delà de la pandémie avec optimisme et d’examiner un peu plus en profondeur le potentiel du secteur des soins de santé en matière de placement.

Ce secteur occupe une place de choix au sein des portefeuilles mondiaux gérés par mes deux invités d’aujourd’hui, en raison notamment du développement de produits novateurs qui s’opère depuis le début de la pandémie. Je suis ravi d’accueillir Eric Benner, vice-président et gestionnaire de portefeuille, ainsi que Ryan Nicholl, portefeuilliste spécialisé dans les soins de santé. Ils présenteront les occasions qu’ils entrevoient dans le domaine.

MM. Benner et Nicholl combinent plus de 33 ans d’expérience. Ils font partie de l’équipe de Dynamique spécialisée dans les actions productives de revenu, qui emploie une méthode de placement rigoureuse axée sur la qualité à prix raisonnable (QUARP) tout en mettant l’accent sur les actions avec dividendes. Merci d’avoir pris le temps de vous joindre à nous, messieurs. Je vais commencer avec vous, Eric. La santé domine vos fonds mondiaux depuis un bon moment. Pouvez-vous décrire le rôle que joue ce secteur dans vos portefeuilles?

Eric Benner : La philosophie de placement de l’équipe spécialisée dans les actions productives de revenu repose sur la qualité à prix raisonnable. Autrement dit, nous misons sur des sociétés de grande qualité, dont nous achetons les titres à un prix attrayant. Nous cherchons aussi à protéger le capital des investisseurs. Enfin, nous privilégions les actions porteuses de dividendes. Le secteur des soins de santé joue un rôle important dans nos portefeuilles, parce qu’il répond bien à nos critères.

En ce qui concerne la qualité, les entreprises de soins de santé tendent à afficher des marges de profit élevées, à générer des flux de trésorerie et à offrir un haut rendement du capital investi. Ces marges et rendements sont généralement protégés par des avantages concurrentiels, ce que Warren Buffett appelle une « muraille autour de l’entreprise ». Par exemple, les sociétés pharmaceutiques investissent des milliards de dollars dans la recherche-développement, mais les médicaments novateurs qui en ressortent sont protégés par brevet durant de nombreuses années.

Quant aux sociétés de technologie médicale, elles bénéficient non seulement d’une protection par brevet, mais aussi d’un avantage au chapitre des coûts de transfert. Une fois qu’un hôpital a choisi certains appareils pour ses procédures, changer d’équipement afin d’économiser quelques dollars n’est pas une mince affaire. Enfin, aux États-Unis, les assureurs de soins médicaux ont un grand pouvoir d’achat en raison de leurs vastes bassins de clientèle. Ils investissent beaucoup dans les données afin d’optimiser la prestation des soins de santé et des soins préventifs sur toutes leurs plateformes. Ça, c’est de la qualité.

L’autre dimension de notre philosophie de qualité à prix raisonnable, c’est, bien sûr, le prix raisonnable. Nous cherchons à investir dans des entreprises dotées d’évaluations intéressantes par rapport à leurs fondamentaux. Nous privilégions celles qui génèrent de solides flux de trésorerie disponibles et qui devraient les accroître tout en présentant un potentiel d’appréciation par rapport à notre calcul de la valeur intrinsèque, soit ce que l’entreprise vaut selon nous. Le secteur des soins de santé abrite de nombreuses sociétés de grande qualité qui répondent à ces critères et se négocient à des prix inférieurs aux évaluations observées dans l’ensemble du marché boursier.

En ce qui concerne la protection du capital, autre pilier de notre approche, les actions des soins de santé sortent nettement du lot, car elles sont généralement de nature défensive. La raison est simple : les dépenses de soins de santé ne dépendent pas tellement du cycle ou de la croissance économique, mais plutôt des besoins de la population. La croissance des flux de trésorerie disponibles des sociétés de soins de santé découle de l’innovation et de la démographie à long terme, deux facteurs relativement favorables au secteur. 

Ce dernier compte par ailleurs une foule de sociétés versant des dividendes, dont un grand nombre qui offrent des rendements durables, intéressants sur le plan relatif, et qui sont dotées d’excellentes perspectives de croissance. Pour toutes ces raisons, les placements dans la santé s’inscrivent bien dans notre démarche et occupent une place de choix dans nos portefeuilles mondiaux.

Mark Brisely : Excellent. On voit bien comment les choses se déroulent, ce qui influence la composition de vos portefeuilles et les occasions qui pourraient se présenter. Je pense que nos auditeurs aimeraient aussi connaître votre point de vue de portefeuilliste sur la situation de la COVID-19 dans le monde. Ryan, dans quelle mesure devrions-nous nous inquiéter du variant Delta?

Ryan Nicholl : La question est brûlante d’actualité, maintenant que le monde semble aux prises avec une nouvelle vague épidémique alimentée par le variant Delta. Notre vision de la situation a changé ces derniers mois. Revenons en arrière. Au printemps, quand le nouveau coronavirus et les premiers variants sont apparus, le taux de reproduction de base, ce qu’on appelle R0, soit le nombre de personnes que l’on risque d’infecter en l’absence de mesures de distanciation sociale, oscillait entre 2,5 et 3.     

Au départ, l’efficacité des vaccins se chiffrait à 95 % ou dans ces eaux-là. Les États-Unis ont vacciné assez rapidement environ la moitié de leur population. Si une proportion d’environ 20 % de la population a déjà été infectée, cela signifie que grosso modo, 65 à 70 % des Américains étaient raisonnablement immunisés contre la maladie. En tenant compte du taux de transmission de 2,5 à 3, on peut dire que les États-Unis avaient tout juste atteint l’immunité collective.

Le Canada a accusé un peu de retard dans le déploiement des vaccins à cause d’un manque de doses, mais la demande était au rendez-vous, les gens ayant l’intention claire de se faire vacciner. Nous avions confiance que le Canada se dirigerait assez vite vers l’immunité collective.

Or, ce qui a changé en un mois ou deux, c’est l’émergence du variant Delta. De tous les variants jusqu’ici, il est le plus transmissible. Il n’est pas nécessairement plus mortel. En fait, il l’est probablement un peu moins. Nous ne le savons pas encore avec certitude. Le problème, c’est qu’il se répand beaucoup plus facilement dans la population. Le taux de reproduction de base s’élèverait sans doute à 4, voire plus. À lui seul, ce facteur change les estimations sur l’immunité collective. Il faudrait maintenant un taux de vaccination de 75 à 80 % pour atteindre le seuil d’immunité. C’est beaucoup.

Prenons les États-Unis comme exemple. Leur taux de vaccination varie entre 55 à 59 %. Même si l’on tient compte des infections antérieures, on n’arrive pas au seuil d’immunité. En plus, les vaccins semblent un peu moins efficaces contre le variant Delta. Selon les données préliminaires, le taux d’efficacité serait en effet passé d’environ 95 % contre la souche initiale à quelque 85 %.

Par ailleurs, l’efficacité semble diminuer avec le temps. Les vaccins stimulent d’abord la production d’anticorps, mais leur effet s’estompe. Le système immunitaire compte ensuite davantage sur les lymphocytes T pour combattre le virus s’il se présente de nouveau.

Vous vous souviendrez qu’Israël a été le premier pays à mener des campagnes de vaccination à grande échelle en janvier et en février dernier. Ce pays a donc sorti les premières données sur la durée des vaccins, qui suggèrent que l’efficacité diminue bel et bien avec le temps. Elles font état d’une efficacité de 65 %, ce qui est moins que prévu, probablement à cause de facteurs aggravants, comme la réouverture en cours. Disons qu’un taux de 75 % semble raisonnable.

Vu l’indicateur de propagation plus élevé du virus (le R0 de 4), la couverture vaccinale plutôt faible aux États-Unis et l’efficacité légèrement réduite des vaccins, qui signifie que certaines personnes peuvent s’avérer porteuses du virus même si elles sont vaccinées, nous croyons que nos voisins du Sud ne bénéficient plus de l’immunité collective.

Le Canada se trouve en meilleure posture. Notre couverture vaccinale est supérieure. Nos programmes de vaccination ont été déployés plus récemment, ce qui repousse à plus tard la baisse d’efficacité, sans compter que le nombre de cas était moins élevé au départ. Les États-Unis se trouvent dans une situation plus précaire. Ils connaissent des difficultés dans de nombreux États du sud, où les taux de vaccination laissent à désirer. Une vague assez importante de cas de variant Delta sévit, et la situation risque d’empirer avant de s’améliorer. Bref, on ignore à quel point la crise pourrait s’envenimer.

Le nombre de personnes ayant déjà contracté la COVID-19 finira par grimper suffisamment pour ralentir la propagation du virus, mais nous n’avons sûrement pas encore atteint le fond du baril, selon moi. Au Canada, la situation est un peu plus difficile à prédire. Je pense qu’il y aura quelques flambées de cas ici et là, mais que les choses vont mieux dans l’ensemble. Disons qu’à cause du variant Delta, le risque dépasse largement les prévisions que nous avions établies il y a quelques mois. 

Mark Brisley : Tout cela me fait penser aux conséquences à venir, surtout en ce qui a trait aux occasions de placement dans le secteur des soins de santé. Quand la pandémie a commencé, nous n’avions aucune idée des répercussions qu’elle aurait sur les marchés et les placements. Maintenant que nous avons des données, des renseignements supplémentaires et des vaccins, comment pensez-vous que les hausses de cas se feront sentir sur les investisseurs?

Ryan Nicholl : Nous pouvons regarder les choses du point de vue des soins de santé ou du marché en général. Sur le plan sectoriel, notre analyse de la situation relative à la pandémie nous porte à croire que des rappels de vaccin pourraient s’avérer nécessaires pour ramener le taux d’efficacité aux près de 95 %, si possible. La vaccination des enfants nous semble aussi plus probable. En matière de placement, les fabricants de vaccins nous inspirent plus d’optimisme. Il en va de même des sociétés de technologie médicale et des sciences de la vie ainsi que de celles qui font du dépistage. Si le nombre des cas grimpe, le nombre des tests augmentera probablement aussi. Les interventions non urgentes seront probablement reportées en raison du traitement des patients atteints de la COVID-19, ce qui pourrait nuire légèrement aux sociétés de technologie médicale. Bref, les soins de santé font face à des vents contraires et favorables, mais dans l’ensemble, la balance penche du bon côté pour nos placements.

Évidemment, l’économie souffrirait d’une recrudescence des cas. La plupart des gens resteraient en mode déconfinement. Les jeunes qui sont vaccinés et à faible risque ne changeraient sûrement pas grand-chose à leurs comportements, tandis que les plus âgés et ceux qui sont immunodéprimés ou simplement allergiques aux risques modifieraient sans doute leur conduite dans une certaine mesure. Heureusement, moins de gens se rendent au bureau, vont dans les restaurants ou assistent à des événements.

Tout cela a une incidence sur l’économie en général et met des bâtons dans les roues de la grande réouverture que nous avions anticipée il y a quelques mois. Cela nous rend un peu plus hésitants et prudents à l’égard des placements plus cycliques ou sensibles au thème de la réouverture. 

Mark Brisely : Après avoir parlé des répercussions sur les gens, les soins de santé et les marchés, tournons-nous un peu plus du côté de la science. Vu l’accélération de la recherche et du développement, quelles nouvelles innovations ou occasions voyez-vous qui n’existaient pas il y a de cela 18 ou 20 mois?

Ryan Nicholl : Oui, voilà une question très intéressante. Il y a probablement trois différents types d’innovations : dans les traitements, dans les hôpitaux et dans les vaccins. Du côté des traitements, il y a eu des avancées. Les pharmaceutiques sont parvenues à modifier des antiviraux conçus pour d’autres maladies avec un assez bon taux de succès. Toutefois, je ne pense pas que ces avancées soient suffisamment novatrices pour qu’on puisse les qualifier de révolutionnaires. Des améliorations importantes ont été apportées au système hospitalier. La capacité de dépistage a bondi grâce à l’installation d’appareils pouvant effectuer des tests de réaction de polymérisation en chaîne moléculaire (PCR) et des tests de dépistage antigénique rapide. Ces appareils pourront être réutilisés pour dépister et traiter d’autres problèmes médicaux, ce qui s’avérera très utile.

Les hôpitaux ont aussi grandement augmenté leur parc de respirateurs, ce qui fait en sorte qu’ils sont beaucoup mieux équipés pour affronter de futures pandémies, ou encore une saison de grippe particulièrement virulente. Le système est mieux préparé pour composer avec les maladies respiratoires hautement contagieuses. Tout cela est évidemment positif.

Or, la seule innovation qui constitue une réelle percée est la mise au point des vaccins à ARN messager. Nous avons maintenant une véritable application pour cette technologie, et elle fonctionne très bien. Il y a de cela un an, plus ou moins, nous espérions pouvoir mettre au point un vaccin qui serait efficace à 75 % ou 80 %. Or, les vaccins à ARN messager nous ont procuré une protection de l’ordre de 95 %, ce qui surpasse de loin toutes nos attentes.

L’ARN messager est une technologie unique. Essentiellement, cela fonctionne comme de la programmation. On envoie dans le corps un code qui active la production de protéines lui permettant de combattre les infections. Il s’agit de manière générale d’un mécanisme utile pour attaquer les agents pathogènes. Cela aura beaucoup de répercussions dans d’autres domaines, mais surtout dans le développement d’autres vaccins, notamment contre la grippe. Cette maladie présente des similitudes avec la COVID, car il s’agit aussi d’un virus respiratoire mutant.

Les vaccins actuels contre la grippe ne sont pas très efficaces. Les spécialistes choisissent des mois à l’avance quelques souches qui seront à leur avis les plus susceptibles de frapper. Parfois, ils ont raison, et d’autres fois ils ont tort. Donc, parfois les vaccins fonctionnent, et d’autres fois non. La technologie servant à produire les vaccins contre la grippe est assez archaïque. Elle consiste encore souvent à les cultiver dans des œufs de poule, c’est tout dire!

En employant l’ARN messager, la production de vaccins se trouve grandement accélérée, comme nous l’avons constaté lorsque les vaccins de la COVID-19 ont été adaptés aux variants. Dans le cas de la grippe, il serait donc possible d’attendre de connaître les variants dominants de la saison, puis de rapidement produire et distribuer les vaccins pour ces souches. Il est assez probable que les vaccins contre la grippe deviendront beaucoup plus performants grâce à la technologie de l’ARN messager. Cela peut changer la donne dans la lutte contre une maladie très dangereuse pour la population âgée et qui cause une foule de problèmes. Voilà donc une innovation qui pourrait faire une grande différence.

Il devrait être possible de créer d’autres vaccins à ARN messager, par exemple contre le Zika, le virus du papillome humain (VPH) et peut-être même, un jour, contre le virus d’immunodéficience humaine (VIH). Toutefois, les vaccins ne sont pas les seuls débouchés envisageables pour cette technologie. On peut aussi y avoir recours pour attaquer plus directement les agents pathogènes. Des recherches préliminaires se penchent sur la possibilité de combattre des cellules cancéreuses au moyen de l’ARN messager, de lutter contre la fibrose kystique ou, peut-être, d’obtenir des résultats contre des maladies auto-immunes.

Lorsqu’on parle d’innovations ayant découlé de la COVID-19, il est clair que l’ARN messager se distingue par son potentiel de révolutionner les soins de santé.

Mark Brisely : Pour faire suite à ce que vous venez de dire, quels sont certains des secteurs de la pharmaceutique ou de la technologie médicale qui font des progrès à l’heure actuelle et où se réaliseront selon vous les prochaines percées? ­

Ryan Nicholl : Lorsque nous évaluons des entreprises du domaine de la santé, nous devons nous rappeler qu’elles font avant tout de la recherche. Elles essaient de créer des innovations médicales qui permettront aux patients d’avoir une meilleure qualité de vie. C’est le cœur de leur modèle d’affaires. Quand il est question de recherche et développement, nous mettons d’abord notre chapeau d’investisseurs ou d’analystes d’entreprises. Nous voulons investir dans les plus grands marchés potentiels, c’est-à-dire dans les secteurs où la technologie pourrait répondre à un besoin qui demeure insatisfait. Si on introduit une technologie de pointe permettant d’améliorer les conditions de vie dans un vaste marché potentiel, elle est généralement très largement adoptée. Si en plus, l’utilisation de cette technologie est remboursée par les grands assureurs, cela procure en général un pouvoir sur la fixation des prix.

Les maladies cardiovasculaires et le cancer représentent les deux principales causes de décès. Il s’agit de deux gigantesques marchés potentiels. Le troisième serait celui des maladies génétiques. Il y a aussi celui de l’Alzheimer, dont je ne parlerai pas maintenant, mais qui doit être mentionné. Le problème de ce côté-là relève de l’analyse d’affaires. Nous ne nous trouvons pas encore au stade où nous pouvons avoir la certitude que les médicaments fonctionnent ou non. Par conséquent, il est très difficile de modéliser quoi que ce soit de concret. La concurrence risque d’intervenir, ce qui peut exercer des pressions sur les prix. Ce n’est pas le cas pour les traitements oncologiques et contre les maladies génétiques. En cardiologie, la dynamique est différente.

Les occasions qui se présentent en oncologie et en cardiologie divergent vraiment beaucoup. En oncologie, l’innovation vient surtout de la pharmaceutique et des biotechnologies, sur le front de l’immuno-oncologie. Comme dans le cas de l’ARN messager, on utilise en quelque sorte le corps pour combattre les cellules cancéreuses. Les méthodes traditionnelles de traitement du cancer sont la chirurgie, la chimiothérapie et la radiothérapie. Elles ne sont pas toujours efficaces et pas très agréables.

L’immuno-oncologie va entraîner le corps à mieux repérer le cancer et à l’attaquer, grâce à une réponse immunitaire. Cette technologie fonctionne très, très bien. On l’utilise pour le moment surtout contre le cancer du poumon, et elle permet de presque doubler le taux de survie des patients à cette maladie tueuse. Fait important, l’immuno-oncologie présente déjà une grande envergure, mais ses perspectives de croissance sont énormes. Le cancer est une maladie extrêmement complexe et diversifiée, traitée par une panoplie de médicaments. Les taux de survie se sont améliorés, mais il reste bien du chemin à parcourir. Il faudra innover encore, et combiner les différents types de traitements pour arriver au meilleur résultat possible. Nous croyons que l’immuno-oncologie jouit d’excellentes perspectives et les pharmaceutiques exercent un fort contrôle sur les prix. Nous estimons donc qu’il s’agit d’une occasion de placement très intéressante.

Du côté des maladies cardiaques, l’autre principale cause de décès, il y a peu d’innovations pharmaceutiques, mais ce sont les technologies médicales qui progressent. Dans certains cas, il s’agit de produits existants qui font l’objet de perfectionnement. Par exemple, les stimulateurs cardiaques sont désormais sans fil. Ces appareils sont très petits, peu invasifs et vraiment meilleurs. On voit aussi des innovations plus importantes, comme le remplacement valvulaire par cathétérisme transaortique. Par le passé, il fallait pratiquer une chirurgie à cœur ouvert pour remplacer une valve, procédure hautement risquée, qui exige notamment de casser des côtes.

Aujourd’hui, les chirurgiens ont la capacité de faire seulement des incisions et de passer par l’artère pour y implanter un système de valve, qui viendra remplacer l’ancien. Ce procédé est vraiment moins invasif et améliore drastiquement les résultats. Nous voyons une large gamme d’innovations créant des occasions de placement dans les technologies médicales en cardiologie.

Le troisième domaine dont j’aimerais parler est celui des maladies génétiques. Elles n’ont pas une aussi grande portée que le cancer ou les maladies cardiaques. Chaque maladie génétique ne touche qu’un nombre de gens plutôt restreint, mais quand on les additionne toutes, elles ont une incidence importante.

Ce qui ressort ici, ce sont les pas de géants réalisés dans la thérapie et l’édition géniques.

Avec ces nouvelles technologies, on peut maintenant remplacer un gène défectueux, c’est-à-dire copier un gène sain, qui produit la bonne protéine, à sa place. Cela permet d’éviter des maladies génétiques souvent très graves, handicapantes, qui peuvent causer des décès prématurés et qui touchent fréquemment des enfants. Il s’agit d’un traitement très, très efficace, s’approchant d’une guérison complète. Les retombées positives sont énormes pour les patients comme pour le système hospitalier, grâce à la réduction des coûts.

Encore une fois, il y a là un vaste marché potentiel et les entreprises détiennent un très fort pouvoir de fixation des prix.

Donc, pour résumer, les deux secteurs les plus prometteurs sont la cardiologie et l’oncologie, puis vient le traitement des maladies génétiques, pour lesquelles les technologies se trouvent en pleine évolution.

Mark Brisely : Merci pour cette réponse exhaustive, Ryan! J’ai l’impression que même si nous aurions tous aimé pouvoir éviter cette pandémie, il est évident qu’elle a donné l’occasion aux technologies de la santé d’innover et de se renforcer. Ce genre de répercussions positives ne doit pas être rare quand l’humanité traverse une crise, n’est-ce pas?

Ryan Nicholl : Non, en effet. Évidemment, la COVID-19 a donné lieu à beaucoup de répercussions négatives, mais de voir les gens s’unir pour confronter le problème, travailler ensemble et innover, cela a de quoi nous réjouir. C’est ainsi que naissent les réels changements dans le système de santé.

Mark Brisley : J’aimerais vous poser une dernière question, qui dépasse le cadre des soins de santé. Eric, pouvez-vous nous parler des perspectives des parquets mondiaux? Des thèmes ont émergé durant la pandémie. Nous constatons une participation accrue aux marchés à l’échelle mondiale. Où voyez-vous les meilleures occasions en ce moment?

Eric Benner : Les actions nous semblent à tout le moins un peu onéreuses en ce moment, mais cela pourrait s’avérer justifié. Les économies de la planète se dirigent pas mal toutes vers une réouverture et une reprise, ce qui donne lieu à une croissance fondamentale assez généralisée des bénéfices. On ne peut pas faire fi de ces facteurs vu les très faibles niveaux actuels des taux d’intérêt et des rendements obligataires.

Aux cours où elles se négocient actuellement, et vu la croissance et le rendement en dividendes qu’elles offrent, les actions n’ont pas beaucoup de concurrence viable. On comprend que les évaluations boursières puissent s’avérer plus élevées que par le passé. Cela ne nous indique pas quand une correction surviendra, ou même s’il y en aura une. Tout ce que cela nous révèle, c’est que les cours tomberont d’un peu plus haut en cas de repli. Il s’agit d’un indicateur de risque.

Fait important cependant, nous ne dirions pas que toutes les actions coûtent cher. Les ratios cours-bénéfice sont supérieurs aux moyennes des derniers temps dans l’ensemble du marché et dans le cas de certains titres de croissance, en particulier ceux qui n’ont pas une longue feuille de route en matière de bénéfices. Il est possible que les récentes tendances le justifient, mais ces titres se vendent néanmoins à prime. Par ailleurs, les actions défensives de grande qualité assorties de dividendes se négocient actuellement à des ratios cours-bénéfice se rapprochant de leurs récentes moyennes. Elles se vendent donc sans prime.

Depuis le début de la pandémie de COVID-19, différentes catégories d’actions ont pris les devants à tour de rôle. D’abord, de mars à septembre 2020 environ, les titres de croissance se sont démarqués, ceux ayant bénéficié de la tendance du « rester chez soi » en tête.

Puis, aux alentours de novembre, quand on a commencé à parler des vaccins et que les premiers résultats des essais ont été publiés, les actions cycliques de valeur axées sur le thème des réouvertures ont pris le relais.

Les titres à volatilité supérieure ont affiché une bonne tenue au cours de ces deux périodes. Les actions de croissance plus spéculatives ont dominé, puis elles ont cédé le pas aux titres cycliques de valeur plus spéculatifs, y compris aux actions « mèmes » qui passionnent les nouveaux investisseurs de détail par les temps qui courent. 

Quels titres ont été laissés pour compte? Les actions défensives de grande qualité productives de dividendes. Il existe des précédents dans l’histoire. En 2001, puis en 2008, quand les banques centrales ont inondé rapidement le marché de stimulants monétaires, les actions de grand calibre ont inscrit un sous-rendement durant une période brève, mais marquée que l’on appelle parfois « ruée vers la camelote ».

Il est toutefois important de noter que dans les deux cas, les actions de qualité ont enregistré de solides résultats pendant plusieurs années, les grands argentiers ayant lentement retiré le bol de punch. En outre, puisque les sociétés défensives de grande qualité versant des dividendes ont dégagé une croissance des bénéfices relativement attrayante durant ces périodes tumultueuses, elles nous paraissent séduisantes dans le contexte actuel.

Nous avons parlé abondamment des soins de santé. En ce qui concerne les autres secteurs qui nous plaisent et qui nous permettent de participer à ce thème, nous avons dans la mire la consommation de base, notamment les joueurs qui tirent profit de la progression des dépenses de consommation dans les nations émergentes, et aussi les services publics ayant une exposition aux énergies renouvelables.

Sur le plan régional, les États-Unis affichent une proportion plus importante d’actions de croissance et de technologie. Nous trouvons que ce marché est relativement bien positionné pour composer avec des événements tels que tout type de soubresaut mondial attribuable à la COVID-19, un ralentissement économique ou une baisse continue des rendements obligataires et des taux d’intérêt.

Les parquets comme ceux de l’Europe, des pays développés d’Asie et même du Canada ont une plus forte teneur cyclique et renferme plus d’actions de valeur. À notre avis, les réouvertures, la reprise et la croissance devraient mieux les servir sur le plan relatif. Pour cette raison, nos fonds mondiaux visent un bon équilibre entre les actions américaines et internationales, les États-Unis représentant un peu plus de la moitié de nos placements.

C’est vrai aussi pour nos positions dans les soins de santé, où nous voyons des possibilités prometteuses tant chez l’Oncle Sam qu’à l’international. Nos fonds mondiaux surpondèrent ce secteur dans les deux régions.

Mark Brisley : Merci beaucoup, Eric. Je vous remercie tous les deux de nous avoir fait part de vos observations. Le secteur des soins de santé est vraiment un sujet d’actualité. Non seulement il imprègne nos vies, mais les placements dans ce domaine nous permettent aussi de profiter des innovations et des avancées dont nous avons discuté aujourd’hui.

Nous vous remercions de nous avoir écoutés, chers auditeurs. Si vous souhaitez en savoir plus sur la démarche de placement de ces gestionnaires de portefeuille ou sur l’équipe chargée des actions productives de revenu, rendez-vous à dynamique.ca. Vous y trouverez des commentaires et d’autres documents pertinents. Soyez prudents et prenez bien soin de vous.

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